Centre d'@ction pour un Personnalisme Pluraliste
C@PP
 



Appel à projet
Projet relationnel


" The person valley ". Tel est le nom qui pourrait être attribué à cette région allant de Bruxelles à Namur en passant par la pépinière néo-louvaniste, où, venus d'ici ou d'ailleurs, nombre de courants de pensée ont commencé par bouillonner, avant de s'en aller essaimer dans la plupart des milieux avant-gardistes de Belgique francophone. Développement durable, reliance, post-capitalisme, simplicité volontaire, consommation éthique, finance responsable, responsabilité sociale des entreprises, allocation universelle, post-libéralisme, créativité culturelle... : autant de mouvements d'idées qui pourraient être bientôt rejoints par d'autres grilles d'interprétation du monde, d'origine américaine cette fois. La psychologie positive, par exemple, qui fait des relations humaines l'une des composantes majeures du bonheur1. Ou alors la tendance dite " socio-émotionnelle " de l'éducation aux émotions, qui nous apprend que la qualité d'une ambiance et d'une relation de confiance ne contribuent pas moins que la drogue ou l'alcool à activer la sérotonine génératrice de… bonheur.

Le bonheur, encore le bonheur, toujours le bonheur. " Mais quel bonheur ? " interroge l'auteur d'un best seller d'outre-Atlantique, Eric Wilson2. Qui assure que l'argent n'y contribue que partiellement et provisoirement. Et que le bien-fondé d'une quête de bonheur superficiel et absolu à l'américaine est de plus en plus contesté. Des voix, telles celles de Wilson et - avant lui - de Pascal Bruckner3, s'élèvent donc désormais pour préconiser une forme de " mélancolie ", définie comme envie active d'une vie plus féconde parce qu'incitant à l'introspection et à l'évolution personnelle.

Bien sûr, ce vivier inventif - dont, de l'entreprise sociale à l'alter-mondialisme, on pourrait donner beaucoup d'autres exemples - rassemble une multitude de composantes qui n'affichent pas la plus évidente des cohérences. Mais au-delà de leurs singularités manifestes, tous ces courants pourraient être réunis sous la bannière d'une quête de dépassement : celui des excès de l'individualisme et du matérialisme.

Voilà qui rejoint très exactement les valeurs de cet humanisme de la personne que le Centre d'Action pour un Personnalisme Pluraliste (CAPP) s'est donné pour but d'approfondir afin de mieux en développer les applications dans la société, sur les plans culturel, social, économique et politique.

Cet humanisme considère que la personne ne se réduit ni à un individu égocentré ni à une parcelle du collectif. Il refuse la séparation autant que la fusion. Il prône l'union entre des personnes qui conservent leurs identités spécifiques. Non, donc, à l'indépendance du " Après-moi le déluge " ! Mais non, tout autant, à la dépendance ! Celle d'une gauche extrême, qui tendrait soit à me déresponsabiliser radicalement par rapport à l'Etat soit à me mettre complètement à sa merci. Celle d'une droite cynique, qui me livrerait sans le moindre garde-fou conceptuel et régulateur à la vindicte anarchique et impitoyable du marché.
La personne est autonome. Ce qui la constitue, c'est moins le moi, l'Etat ou le marché que l'authenticité de la relation.
" Le personnalisme met l'accent sur la qualité de la relation, écrit Thierry Verhelst4.  Elle nous invite à sortir de ces comportements utilitaires qui font la froideur de l'individualisme marchand. "5

Cet individualisme marchand, la crise du moment contribue chaque jour davantage à  élargir le cercle de ses détracteurs.
De quoi étayer la thèse de ceux qui, comme Verhelst, croient déceler dans l'air du temps les prémices d'un retournement intérieur, d'une " révolution " sans Grand Soir, d'un quadruple changement : culturel, spirituel, économique et social.
De quoi, aussi, renforcer le poids de ceux qui ont pour projet de faire la jonction entre la vague un peu surfaite du " développement personnel " et l'authenticité d'une philosophie digne de ce nom. Parmi eux, le plus qu'accessible Michel Lacroix, maître de conférences à l'université de Cergy-Pontoise et auteur du tout récent " Se réaliser. Petite philosophie de l'épanouissement personnel "6. Qui défend l'idée que la vague en question aurait tout à gagner d'un élargissement en une " philosophie de la réalisation de soi ". Histoire de puiser dans l'héritage des philosophes, écrivains et autres penseurs qui, depuis deux siècles, ont réfléchi au problème de l'existence. Emmanuel Mounier, bien sûr, qui appelait de ses vœux l'accomplissement comme personne de chaque individu. Mais aussi, ajouterons-nous, Carl Rogers, Emmanuel Levinas, Paul Ricoeur… Ou, de plus loin, les John Rawls, Alain Renaut et autres Hans Jonas qui, au-delà de leurs solides différences, ont tous un rôle à jouer dans la fondation d'un néo-personnalisme. 

Reste que celui-ci entend plus que jamais rester fidèle au personnalisme dans sa façon de se concevoir comme une expérience concrète avant même de s'appréhender sous la forme d'une philosophie. Telle est d'ailleurs l'une de ses caractéristiques majeures, qui contribue à faire de tant de gens des personnalistes qui s'ignorent.

Pas besoin, donc, d'être docteur en philo pour faire l'expérience de ce nouvel humanisme de la personne, qui entend non seulement se penser mais aussi et surtout se vivre à la fois comme un post-individualisme et comme un post-matérialisme à la puissance 3 . Puissance d'approfondissement (dans l'intériorité du soi). Puissance d'élargissement (à autrui). Puissance de responsabilité " durable " (par rapport à la nature et à l'autre de demain).

Une triple " reliance "7 qui, loin de rejeter en bloc la déclinaison contemporaine de notre société capitaliste, entend plutôt porter l'exigence d'un dépassement par rapport au double déficit d'un individualisme primaire et d'un matérialisme excessif. L'individualisme, oui, mais un individualisme de l'approfondissement intérieur, qui n'enferme pas autrui dans un rôle purement utilitaire. Le matérialisme, tout autant, mais un matérialisme qui ne réduit pas le monde à une matière objectivable et monnayable.

D'où cet appel, qui, espérons-le, pourra triompher des accusations de syncrétisme dont il fera immanquablement l'objet : " déficitaires " de tous ordres, rencontrons-nous !

Apprenons à nous connaître. A nous apprécier. A nous compléter. A rebondir sur les incontestables atouts de l'introspection et de l'intuition pour mieux accéder à la voie encore plus féconde d'une réflexion médiatisée par l'interprétation de la pensée de l'autre. A nous " dépayser ", dixit Ricoeur, pour enrichir nos compréhensions initiales. A nous " désorienter " devant un énoncé qui, a priori dissonant, déviant voire absurde, ne frustre en fait que provisoirement nos attentes de sens en attendant de déboucher sur la riposte interprétative qui permettra de nous " réorienter ". A incorporer d'autres grilles de lecture à notre propre vision du monde afin d'en augmenter la lisibilité préalable.

Transcendons la rigidité des clivages partisans, (non-)confessionnels, académiques et existentiels.
Abreuvons ensemble la personne du XXIe siècle à des sources multiples. Le personnalisme bien sûr. Mais également la philosophie en général et les sciences humaines. De même que la citoyenneté. L'art et la culture aussi. Et puis cette multitude de courants d'idées (plus ou moins) émergents qui, par leurs complémentarités et leur puissance de renouvellement, semblent avoir autant à apporter qu'à gagner d'un rapprochement avec " notre " ( !) humanisme de la personne.
" Déficitaires " de tous acabits, unissons-nous !

Christophe Engels (engels_chr@yahoo.fr)
(Président du Centre d'Action pour un Personnalisme Pluraliste),




 
 
 
 
 
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