Centre d'@ction pour un Personnalisme Pluraliste
C@PP
 
United colors of the person

En ces temps de crise, nous sommes nombreux à considérer que le fait d'assumer ou d'apprécier le monde dans lequel nous vivons ne doit pas nous empêcher d'en dénoncer les incontestables et vertigineux travers. A regretter, aussi, qu'au-delà de l'incontournable vocabulaire économique, on parle si rarement d'investissement… sur la personne, d'entrepreneur… citoyen, d'augmentation de capital… confiance, d'enrichissement… non matériel, de valeur… humaine ajoutée ou de manque à… penser.

Nombreux, donc. Et même plus nombreux que jamais. A preuve : le foisonnement des mouvements d'idées qui renvoient aux termes (de moins en moins) mystérieux d'" altermondialisme ", de " reliance ", de " sociologie existentielle ", de " créativité culturelle ", de " simplicité volontaire ", de " consommation éthique ", de " finance responsable ", de " responsabilité sociale des entreprises ", d'" entreprise sociale ", d'" allocation universelle "… Sans compter, évidemment, l'omniprésent " développement durable ".

Au Centre d'Action pour un Personnalisme Pluraliste (CAPP), ces récents courants de pensée nous interpellent tout particulièrement. Même si, plus encore que sur le réchauffement climatique, l'accent est mis chez nous sur ce refroidissement humain qui caractérise si souvent l'individualisme. Même si, plus encore que sur l'environnement de la nature, nous nous penchons sur cet environnement humain qui sert d'indispensable terreau à la personne. Même si, plus encore que sur les énergies des éoliennes ou des panneaux solaires, nous insistons sur un autre type d'énergie alternative : celui d'une relation interpersonnelle qui se fonde sur les richesses de l'authenticité et de l'empathie.

Pour définir le " néo-personnalisme " dont nous nous revendiquons, pourquoi ne pas proposer à la discussion une grille de lecture en six étages ?

1. Tout en bas, il y aurait un individualisme ordinaire, qu'il soit conscient ou inconscient .

2. Ensuite apparaîtrait un individualisme de l'approfondissement intérieur. Ce serait le stade de cette prise de conscience qui ne fait le plus souvent que prolonger l'une ou l'autre forme de crise de conscience. Sans doute se situerait-on directement, ici, sur le terrain du développement personnel. Avec ses atouts, bien sûr. Mais aussi avec ses limites. A commencer par celles liées à cette contre-culture qui tend notamment à opposer un même refus à la culture occidentale et à la raison. Conséquence, écrit le philosophe français Michel Lacroix : " Le développement personnel s'est détourné des écrivains, philosophes, artistes qui, depuis deux siècles, avaient mené la réflexion sur la réalisation de soi. "1

3. Au-delà du développement personnel, le très accessible penseur hexagonal propose donc la notion de " philosophie de la réalisation personnelle ", dont il élargit les sources à la philosophie, à la littérature et à l'art. Car la réalité n'est pas toujours à accès direct. Tous les chemins mènent à l'homme…

4. A ce stade, nous touchons au personnalisme. Encore convient-il d'élargir la cible de notre réflexion. Ce qui compte, ce n'est plus seulement moi. C'est aussi l'autre. L'autre pour son propre bien-être. Et non pas seulement l'autre pour mon bien-être à moi. Une bonne raison, pour nous, de suggérer l'existence de deux modalités de cette création de moi-même par moi-même qu'est la réalisation personnelle ?

. Sous son aspect individualiste, elle serait création de moi-même par moi-même pour moi-même.
. Dans sa déclinaison personnaliste, elle resterait création de moi-même, certes, mais, désormais, plus uniquement par moi-même, ni seulement pour moi-même.

Apparaissent ici deux aspects incontournables du personnalisme : celui, fondateur, de la relation et celui, fondamental, de l'éthique. Si je me recentre sur moi-même, c'est également grâce à l'autre et aussi pour l'autre. Car autant l'individu est solitaire, autant la personne est solidaire. Ce qui contribue à faire du personnalisme une sorte de " développement personnel durable ".

5. Très bien. Mais le personnalisme " classique ", malgré les inimitables richesses dont il reste porteur, commence peut-être à dater un peu. Depuis les extraordinaires  fulgurances d'Emmanuel Mounier, il y a eu, par exemple, l'approche centrée sur la personne du psychologue américain Carl Rogers. Ou la philosophie du visage du Français Emmanuel Levinas. Ou encore la personne revisitée d'un autre philosophe d'outre Quiévrain, Paul Ricoeur. Aussi passionnant que compliqué. C'est dire…

6. Quid, alors, du néo-personnalisme ? Après en avoir posé les premiers jalons il y a une dizaine d'années2, les membres actifs du CAPP ont contribué à assurer le prolongement3 de ce substantiel travail fondateur. Qui reste cependant à peaufiner.

Il s'agit, pour ce faire, de s'ancrer dans le personnalisme pour mieux le dépasser.
Confessionnellement tout d'abord, en continuant encore et toujours davantage à élargir et à approfondir son ouverture originelle à toutes les formes de croyance religieuse et d'incroyance.

Philosophiquement ensuite. En tenant compte de Rogers. En s'inspirant de Levinas. En prenant appui sur Ricoeur. Mais aussi sur le sujet autonome du Français Alain Renaut, sur l'homme responsable de l'Allemand Hans Jonas… Sans oublier la personne plus qu'utilitariste mais moins que personnaliste d'un Américain, John Rawls. Dont la notion d'" équilibre réfléchi " a beaucoup à nous apprendre…
" Elle consiste à tenter de formuler des principes généraux quant à ce que nous devons faire, individuellement et collectivement, et à confronter les implications de ces principes à nos jugements moraux bien réfléchis, dans les circonstances (réelles ou hypothétiques) les plus diverses, expliquent le philosophe Philippe Van Parijs (UCL et Harvard) et l'économiste Christian Arnsperger (UCL). Au cas où apparaît un conflit avec un jugement suffisamment ferme pour que nous ne soyons pas prêts à y renoncer, il nous faut rejeter le principe que nous avions cru pouvoir formuler, ou à tout le moins le réviser de manière à éliminer le conflit en question."4

Refondation ? Régénérescence ? Revivification ? Réactualisation ? Peu importe. L'essentiel est bien de faire profiter au néo-personnalisme d'un enracinement dynamique. Et de l'abreuver à des sources multiples. Celles du personnalisme, bien sûr. Et celles de la philosophie en général. Mais également celles des sciences humaines. Celles de l'art et de la culture. Celles de la citoyenneté. Et celles de tous ces courants d'idées (plus ou moins) émergents dont la multiplicité et la complémentarité font l'immense richesse.

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Christophe Engels (Président du Centre d'Action pour un Personnalisme Pluraliste)
engels_chr@yahoo.fr


 
 
 
 
 
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